FLASH : Yémen : des drones et des frères

L’emploi régulier, pour ne pas dire massif, de drones par les Américains entraine, parallèlement aux résultats opérationnels et tactiques que seuls les militaires savent apprécier, des dommages collatéraux que l’on dit inévitables (lire: “Moyen-Orient: Intérêt accru pour les drones“). Il y a bien évidemment des pertes humaines civiles, des destructions gratuites, des indélicatesses diplomatiques qui menacent parfois la coopération stratégique entre les Etats-Unis et leurs partenaires (Pakistan), et des engagements aux conséquences incertaines (Iran-RQ170). Il y a des drames humains et des traumatismes, résultant de la perte d’un parent tué par un ennemi visible et identifiable, mais arrogant par sa supériorité technologique et par son inaccessibilité. Il y a surtout l’exploitation vicieuse de ces faiblesses humaines par al-Qaëda.

En effet, l’organisation terroriste parvient à « fédérer » les frères des victimes des drones américains au Yémen, pour mettre ce « collectif » de désespérés et de kamikazes potentiels au service de sa stratégie de la terreur. Au pays de Benladen, plus encore qu’en Afghanistan probablement, les frères des victimes des drones américains, cibles touchées ou victimes accidentelles, entretiennent un « esprit de corps », et sont invités à compter en tant que tel, dans l’équation militaro-stratégique face aux Américains. Une sorte de « brigade » des frères des victimes des drones américains est en train de naître, au risque de se développer à la faveur des frappes menées par les drones et du nombre de leurs victimes directes et indirectes.

La tactique d’al-Qaëda, qui cloisonne en quelque sorte les victimes de la guerre américaine contre le terrorisme, et qui les « hiérarchise », crée ainsi un nouveau « corps d’élite » dont les membres ont en commun d’avoir perdu leurs proches dans des duels avec les systèmes d’armes les plus avancés technologiquement et qui sont opérés à distance par des militaires émérites. Comment sera exploitée sur le terrain cette mobilisation instinctive de djihadistes revanchards? La question de la « spécialisation » se pose ainsi, sachant que des cibles « appropriées » devraient être proposées aux « djihadistes anti-drones », ne serait-ce que pour préserver cet esprit de corps ainsi développé…