Syrie – France : F. Hollande a-t-il trouvé “sa” guerre?

Fadi Assaf.

Le Président français François Hollande encourage les dissensions de responsables syriens, pousse l’Opposition syrienne à s’unir, reconnaît la Coalition nationale dont il reçoit aussitôt son président Moaz al-Khatib, et envisage ouvertement sa dotation en armements défensifs. Il répond, en quelque sorte, à l’appel de son prédécesseur Nicolas Sarkozy pour une plus grande implication de la France dans le renversement du régime de Bachar el-Assad.

Sarkozy, qui avait reçu à Paris le colonel Mouammar Kadhafi avant de mener l’offensive internationale pour le renverser, est pour une action française plus ferme et plus déterminée pour en finir avec Bachar el-Assad qu’il a également reçu, en grandes pompes, en France. Hollande a hérité du dossier syrien, et appréhende les conséquences de ce conflit, sur la Syrie et la région, comme il hérite des conséquences de la guerre en Libye, qui sont visibles aussi sur l’ensemble de la zone. Pour l’instant, les Français, qui ont engagé leur machine de guerre en Libye et qui l’engagent à nouveau autour de ce pays (Mali), attendent de récolter les fruits, économiques, politiques et diplomatiques, de cette aventure libyenne, en espérant qu’ils puissent être à la hauteur de l’investissement, des risques et du manque à gagner sous Kadhafi.

En Syrie, François Hollande est allé faire un new deal avec le Roi d’Arabie saoudite Abdullah Ben Abdulaziz à Djeddah, après s’être entendu sur des arrangements à divers niveaux, économiques, politiques et diplomatiques, avec l’Emir de l’autre pétromonarchie wahhabite le Qatar, cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani, autre pilier arabe de l’offensive actuelle contre le régime alaouite syrien.

François Hollande fait-il du « sarkozysme » en Syrie? Son Ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius est-il tenté par faire du « BHL » à Damas?

L’allié britannique, qui partage avec Paris le souhait de renverser Assad, dit reconnaître la Coalition nationale syrienne, mais dit vouloir connaître son programme avant de soutenir son action sur le plan militaire surtout. Londres, à l’instar de Washington qui a perdu son Ambassadeur à Benghazi pour avoir mal vu le rapport des forces au sein de la coalition anti-Kadhafi, favorable sur la zone aux islamistes radicaux, redoute la montée en puissance, sur le terrain et dans les rangs des combattants anti-Assad, des courants djihadistes. Le Ministre britannique ses Affaires étrangères William Hague se contente d’envisager la fourniture d’équipements « non-léthaux » aux insurgés, alors que le Président américain Barack Obama, qui annonçait à sa réélection le virement de sa politique extérieure vers la zone du Pacifique, attend de voir quelle aide directe il doit apporter aux opposants du régime syrien avant de trop s’engager.

Sur la Syrie, ces trois pays alliés, pour se limiter à eux, s’entendent sur les grandes lignes et sur le renversement de Bachar el-Assad, et leurs visions des dimensions régionales (Iran, etc.) et internationales (Russie, etc.) de ce conflit coïncident, généralement. Mais dans l’action, le Président français paraît plus engagé, et bien plus disposé à faire participer son pays, activement et dès maintenant, dans les opérations, y compris militaires, contre le régime syrien. Hollande a-t-il besoin d’une guerre, politiquement et économiquement?

Le Président français doit avoir sa propre grille de lecture au Proche-Orient qui s’enflamme à nouveau sur tous les fronts, y compris le front israélo-palestinien, et doit trouver le moment propice pour jeter une passerelle, qu’il doit espérer solide, entre sa politique interne et “sa” guerre en Syrie. La passerelle serait-elle surtout financière et économique, avec les promesses entendues auprès des dirigeants arabes du Golfe, des futurs dirigeants de la Syrie et… du Liban?

Hollande dirige un pays qu’on dit au début d’une crise économique, avec ses inévitables dimensions sociales et politiques, et peut être tenté d’anticiper cela en extériorisant ses difficultés et en espérant des retombées directes sur la France. Mais, la France et son Président en seraient-ils à ce stade de désespoir pour vouloir prendre de tels risques en donnant un coup de pied dans la fourmilière syrienne, sans aucune garantie de résultats?!