FLASH: Syrie: Fausses assurances syriennes et vraies inquiétudes saoudiennes

Le Grand Mufti d’Arabie saoudite cheikh Abdulaziz Ben Abdullah Al Cheikh a mis en garde, le 06/01, contre l’envoi de djihadistes saoudiens en Syrie. Le bras religieux du pouvoir des Al Saoud n’exclut pas les aides financières aux Syriens, tout en affichant clairement son opposition à la mobilisation, par des cheikhs saoudiens sensibles aux appels d’Ayman al-Zawahiri, de candidats au djihad en Syrie. Même la notion “d’aides financières aux Syriens” peut être interprétée comme un appel à une aide humanitaire et logistique au profit de millions de réfugiés syriens, et non seulement à une contribution directe à l’effort de guerre contre le régime alaouite. Les dirigeants politiques saoudiens, toujours aussi désireux d’obtenir le départ de Bachar el-Assad, semblent toutefois plus mesurés dans leur engagement à provoquer ce changement brutalement. Ils n’excluent plus désormais un arrangement politique, faute d’un succès militaire rapide contre Assad et faute surtout d’une feuille de route pour l’après-Assad qui préserverait leurs propres intérêts.

A cela, plusieurs raisons qu’on pourrait résumer par une volonté saoudienne de remettre en perspective la crise syrienne et de procéder à une réévaluation générale des dossiers régionaux liés à la crise syrienne, aux intérêts saoudiens, aux politiques américaines.

Il y a l’Irak, qui s’agite à nouveau sur fonds de contestations sunnites; l’Iran, qui maintient la pression sur le Golfe tout en espérant reprendre langue avec Washington sur les dossiers régionaux; la Turquie, qui surfe sur les causes arabes pour poursuivre son ancrage régional; l’Egypte, qui peut exporter sa bouillonnante idéologie islamiste (Frères Musulmans) jusqu’à l’intérieur des monarchies du Golfe; le Yémen, qui peine à se stabiliser et dont la crise risque de déborder une fois encore sur le sol saoudien; Bahreïn, dont l’instabilité devient une affaire saoudienne prioritaire; la Jordanie, cette autre monarchie qui vacille; le conflit israélo-palestinien, qu’on gère désormais loin des intérêts saoudiens; le Liban, où les relais saoudiens ont le plus grand mal à se relever de leurs défaites successives.

Certes, Riyad est contre une réhabilitation du régime de Bachar el-Assad, mais il est clair que les dirigeants saoudiens hésitent à arrêter définitivement leurs positions vis à vis du processus de changement à Damas. Ankara, Le Caire, Doha, Tripoli, al-Qaëda, sont, quant à eux, toujours aussi déterminés à obtenir le renversement rapide du régime syrien. Leurs positions sont claires, et les moyens qu’ils ont engagés pour atteindre cet objectif sont conséquents, en fonction des retombées espérées pour chacun de ces acteurs. Sans se désolidariser de cet ensemble hétéroclite avec lequel il partage le souhait de voir chuter Bachar el-Assad, Riyad, qui connaît à l’évidence quelques dysfonctionnements au niveau de son leadership politique, semble vouloir prendre du recul par rapport au duel engagé avec le régime syrien pour mieux préparer l’après-Assad.

Cette nouvelle orientation politique saoudienne, qui a besoin encore d’être confirmée, accompagne, en quelque sorte, l’appel lancé le 06/01 par le Président Bachar el-Assad pour un nouvel accord de paix entre les Syriens, une initiative supposée lui garantir un rôle pivot dans une éventuelle phase de transition. Dans son discours retransmis en direct depuis l’Opéra à Damas, un discours qu’il veut fondateur, même si, dans le fond, il semble solliciter un nouveau sursis, Assad a adressé une multitude de messages dont on retient un message essentiel : un appel au dialogue direct avec Washington. Cela n’a pas été dit, aussi explicitement, mais les insinuations étaient si évidentes. Assad, qui n’a pas manqué de réitérer son ancrage dans le camp russo-iranien, ouvre la voie à un dialogue interne, refuse le sponsoring externe de groupes syriens, court-circuite les opposants de l’extérieur pour privilégier le dialogue avec leurs soutiens occidentaux, réaffirme sa détermination à poursuivre la lutte contre le terrorisme et à briser la chaîne du djihad transnational. Autant de points communs avec… Washington.