Liban – France: Armement: Pourquoi les Français doivent être créatifs*

Le montage franco-saoudien au profit de l’Armée libanaise est, théoriquement, une trouvaille judicieuse, pour les trois parties concernées : le Liban, la France et l’Arabie saoudite [Liban – Arabie saoudite – France: Opération tripartite au profit de l’Armée libanaise]. Il accompagne une volonté internationale de préserver la stabilité du Liban, et une multitude de programmes bilatéraux (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Italie etc.) ou multilatéraux (conférence internationale prévue à Rome) au profit de l’Armée libanaise.

Cette initiative a forcément une dimension bilatérale franco-saoudienne et n’est certainement pas étrangère à toutes sortes de calculs français et saoudiens. Les choses évoluent au Liban et dans la région, et les calculs des uns et des autres sont constamment révisés. Aujourd’hui, la France, et son “partenaire de référence” au Moyen-Orient, l’Arabie saoudite, ont pour objectifs prioritaires, concernant le Liban : sa sécurité, une recomposition équilibrée du pouvoir, et une influence sur le nouvel enjeu économique en Méditerranée orientale à savoir le gaz offshore.

Les évolutions des dernières années ont marginalisé, de facto, l’influence de Paris et Riyad sur ces trois dossiers. Les choses semblent aller désormais vers les compromis et la cohabitation : compromis au niveau régional et international sur les dossiers les plus sensibles, et cohabitation, forcée peut-être, sur le plan interne au Liban [Moyen-Orient: Emissaire présidentiel français à Beyrouth: accompagner la cohabitation saoudo-iranienne]. Le montage franco-saoudien est, à ce titre, une opération gagnante-gagnante, théoriquement encore une fois. Il permettrait, alors que des arrangements internationaux et régionaux émergent entre Américains, Russes, Iraniens et Saoudiens, sur les dossiers les plus stratégiques, un retour, utile et accepté, de Riyad et de Paris sur la scène libanaise, une scène somme toute secondaire par rapport au dossier syrien, à la guerre contre le terrorisme, aux négociations de paix israélo-palestiniens, au rapprochement irano-américain, etc.

Pour traduire cela en programmes, concrétisables, Paris a besoin d’ouvrir un chantier à plusieurs étages : politique, diplomatique, technique, financier, et même médiatique. Le succès du retour de la France et sa réinstallation dans le paysage politique et économique libanais, dépendent en partie de la gestion de ce dossier franco-saoudien. Il faudrait une parfaite connaissance des enjeux internes et régionaux d’un tel programme, une sensibilisation extrême des responsables français du dossier au contexte libano-libanais et au contexte libano-saoudien en constante évolution (Elysée, Matignon, MinDef, EMA, ODAS, industriels), et une gestion optimale de l’image de la France, aujourd’hui particulièrement brouillée auprès des décideurs libanais. Cela réduirait les risques et permettrait d’éviter les méprises et autres erreurs de jugement.

Il faudrait aussi aux Français une bonne dose de créativité afin que leurs programmes d’aides soient le mieux adaptés aux besoins immédiats de l’Armée libanaise (mobilité des troupes, surveillance des frontières, lutte contre le terrorisme, communications, etc.) et aux grandes lignes de sa stratégie de défense nationale (en cours de réévaluation [La stratégie de défense au centre du dialogue national: les pièges à éviter]. Ces programmes doivent être, aussi et avant tout peut-être, politiquement “neutres”, en ce sens qu’ils doivent être acceptés par les diverses parties qui composent la mosaïque libanaise…

La protection de la zone économique exclusive (avec la fourniture par exemple d’un avion de reconnaissance et de surveillance maritime, en plus de patrouilleurs, de radars etc.), et la sécurisation des zones d’exploitation du gaz offshore, sont aussi deux paramètres qui méritent d’être creusés par Paris en proposant aux Libanais des programmes utiles, opérationnels et en même temps stratégiques et fédérateurs [Méditerranée – Liban : Qui protègera les champs gaziers offshore ?].

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* Extrait d’une étude (20 pages) sur le programme franco-saoudo-libanais au profit de l’Armée libanaise préparée par Middle East Strategic Perspectives. Etude disponible sur commande.

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