Liban: Paris peut-il contribuer à apaiser les tensions saoudo-iraniennes au Liban?


Le Ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve est venu au Liban (26/10) pour s’assurer de la capacité et de la volonté des autorités libanaises de retenir au Liban les réfugiés syriens et palestiniens qui sont de plus en plus nombreux à être tentés par le départ vers l’UE. D’autant que les candidats à l’émigration comprennent des éléments salafistes, parmi lesquels des Libanais, et que leurs réseaux, via la Turquie, font preuve d’une remarquable efficience.

Le Ministère français de l’Intérieur gère, en outre, une multitude de dossiers bilatéraux, dont des programmes de coopération techniques et sécuritaires. Certains de ces programmes bénéficient d’un financement saoudien prélevé sur le budget supplémentaire de $1md confié par le palais à l’ancien Premier ministre Saad Hariri, alors que le programme des $3md, qui doit profiter exclusivement à la France et à l’Armée libanaise, est toujours bloqué (DONAS).

Contrairement au Président du Sénat Gérard Larcher qui se cherche un rôle sur la voie Paris-Téhéran, Cazeneuve n’est pas venu à Beyrouth parler politique libanaise locale, ni disserter sur la géopolitique régionale. Mais sa mission libanaise restera prisonnière de ces deux paramètres, la politique levantine de Paris étant elle-même calquée sur celle du camp arabo-saoudo-sunnite.

Les relations saoudo-iraniennes avec leur dimension libanaise peuvent affecter directement les intérêts français au Liban, pour se limiter à ce seul pays. Les tensions actuelles entre les camps pro-saoudien et pro-iranien, ou même les tensions entre le Hezbollah et l’Ambassade d’Arabie saoudite à Beyrouth, fragilisent le positionnement de la France au Liban, surtout lorsque Paris est perçu comme bien installé sur l’axe arabo-saoudo-sunnite…

Dans cette note de 6.456 mots, MESP tente d’établir le “lien” entre deux évènements qui ne sont pas visiblement liés: la visite de Cazeneuve au Liban et la saisie de deux tonnes de drogues à bord d’un jet privé appartenant à un prince royal saoudien (Abdelmohsen Ben Walid Ben Abdulaziz). Dans cette note, réservée à ses clients, MESP revient sur

(i) “l’axe” franco-saoudien et sur l’affaiblissement de ses deux composantes au Levant et au Liban;

(ii) l’impact de la déterioration brutale des relations saoudo-iraniennes sur l’influence saoudienne au Liban et sur l’image et l’influence de son partenaire occidental de référence, la France, dans ce pays;

(iii) les risques de voir des programmes franco-libanais, financés par Riyad hors DONAS, connaître le même sort de ceux pilotés par ODAS;

(iv) le lien entre
– la disparition à la Mecque de l’ancien Ambassadeur iranien à Beyrouth Ghadanfar Rokon Abadi (qui a échappé à un attentat à Beyrouth),
– l’apparition à Beyrouth de slogans anti-saoudiens (“Mort aux Al Saoud”) et les menaces qui pèsent sur la sécurité de l’Ambassadeur à Beyrouth Awad Assiri (son prédécesseur avait été évacué par la mer un certain 7 mai, jour de la prise de contrôle de Beyrouth par les milices du 8 Mars),
– la condamnation à mort (confirmée) du cheikh chiite Nimr al-Nimr, et l’arrestation (pour trafic de drogue) du prince royal saoudien à l’AIB;

(v) l’embarras que vit le Ministre de l’Intérieur libanais Nohad al-Machnouk (sunnite, pro-saoudien, en délicatesse avec certaines personnalités de son propre camp haririen) avec l’arrestation, par ses propres services (mais dans un champ d’intervention qui relève, en pratique, du camp politique adverse…), de ce prince saoudien (dont on peut se demander s’il faisait ses emplettes, d’habitude, auprès de milieux chiites de la Béqaa proches du camp anti-saoudien ou auprès de milieux syriens proches du camp saoudien…);

(vi) le rôle que pourrait jouer Paris, sous certaines conditions, afin de normaliser les rapports entre le Hezbollah (directement ou via son sponsor l’Iran, dont le Président Hassan Rouhani est attendu à Paris en novembre) et l’Ambassade d’Arabie saoudite à Beyrouth, et d’espérer éviter une extension du conflit saoudo-iranien sur la scène libanaise.