Iran-France: Réseaux d’affaires: Moins de “Paris” et plus de “Téhéran”


A Paris, le lobby pro-iranien, qui fait son come-back (pour ne pas dire son coming out) à la faveur de la réhabilitation diplomatique de l’Iran, ne risque pas de détrôner, rapidement, le puissant lobby arabe et pro-saoudien si bien ancré dans le paysage politico-affairiste (malgré quelques premiers « succès » médiatiques limités et liés surtout à la dégradation de l’image du royaume wahhabite). Ce « lobby » pro-iranien n’en est pas un en fait puisqu’il s’agit d’un patchwork de personnes et de professionnels qui ont surtout en commun de n’être pas vraiment associés aux affaires arabes et d’avoir certaines affinités perses, virtuelles pour la plupart d’entre eux… Quant au lobby arabe (et au lobby pro-saoudien en particulier), il est encore solide, concret, visible, et bruyant même. Mais l’image n’est pas figée pour autant… [Lire les notes précédentes sur ce sujet : « Rouhani en France : poursuivre l’ouverture sur Téhéran sans froisser Riyad » – « Iran : Paris espère-t-il avoir le beurre et l’argent du beurre ? » – « MENA-Business : Les Français se mettent, enfin, à l’école anglo-saxonne »]

Au sein des milieux favorables à la relance, rapide, des échanges commerciaux, économiques, politiques et culturels, entre la France et l’Iran, il y a des opportunistes, des amateurs, des nouveaux-venus dans le monde de l’intermédiation, etc. Ces profils, que l’on retrouve y compris au sein des réseaux diplomatiques officiels, ou au cœur des groupements d’affaires, ou même dans les réseaux gouvernementaux, manquent d’expérience sur l’Iran, mais pas d’arrogance et de prétention… Mais il y a aussi de vrais professionnels du lobbying, de la diplomatie économique, et des affaires internationales et moyen-orientales en particulier.

Aujourd’hui, et à l’exception de quelques personnalités françaises pouvant se vanter d’une longue expérience diplomatique, et de quelques cadres dirigeants de grands groupes ayant pris le risque de rester en Iran sous l’embargo ou de s’y positionner bien avant les autres, les noms de personnes, d’associations, de sociétés de conseils, etc., qui circulent dans les milieux parisiens comme étant performants sur le marché iranien sont d’illustres inconnus à Téhéran… Et cela est parfaitement normal, pour une multitude de raisons liées au profil des personnes, à la nature de leurs activités passées, au modus operandi des sociétés de conseils et autres cabinets d’avocats confortés par quelques noms à connotation perse…

Côté iranien, où l’expérience saoudo-arabe ne conviendrait pas pour des raisons culturelles, entre autres, ces réseaux annoncés à Paris ne suscitent pas d’intérêt particulier, surtout si l’on sait que les milieux d’affaires iraniens sont assez réticents à s’engager dans des partenariats avec des parties françaises. En Iran, on continue de privilégier l’aspect officiel dans les contacts avec la France, y compris dans le domaine des affaires, avec un intérêt particulier pour les secteurs et projets inscrits dans le cadre d’un partenariat de gouvernement à gouvernement. In fine, et en attendant une véritable ouverture du marché iranien devant le business français, les réseaux annoncés à partir de Paris, resteront sur la touche et leur valeur ajoutée restera sans doute limitée.

Plus tard, dans un contexte franco-iranien plus serein, et lorsque les contraintes posées par les grands choix stratégiques de la France en faveur du camp saoudo-arabe seront atténuées, de tels réseaux, qui se seront multipliés d’ici là, pourront avancer plus sûrement sur le marché iranien.

Dans cette note, de 3.659 mots, réservée à ses clients, MESP tente (i) d’évaluer les réseaux parisiens qui se positionnent actuellement sur la voie Paris-Téhéran, et au sein desquels se distinguent certaines structures [Entreprise & Diplomatie du groupe ADIT, etc.], et (ii) cherche à anticiper l’évolution du profil de ces intermédiaires et (iii) d’en apprécier l’utilité dans le contexte franco-iranien.