Liban – France: Le MinDef Jean-Yves Le Drian à Beyrouth: repartir sur des bases solides


Le Ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian effectue une nouvelle visite de travail au Liban où il est arrivé le 05/03.

A Beyrouth, il a croisé son homologue espagnole Maria Dolores de Cospedal dépêchée par son gouvernement auprès du contingent espagnol de la FINUL alors que l’ONU procède à la réévaluation de certains aspects de la mission d’interposition au sud-Liban et finalise son rapport sur ce sujet. La France et l’Espagne partagent, avec l’Italie et d’autres pays, le fardeau de la mission internationale au sud du Liban, et s’inquiètent pour la sécurité de leurs troupes, au vu de la multiplication des incidents à la frontière israélo-libanaise, des échanges de menaces entre le Hezbollah et Israël, des tensions récurrentes entre les habitants et les patrouilles de la FINUL, des risques qui pèsent sur les voies de communication de la FINUL (à partir du camp palestinien d’Aïn el-Héloué par exemple), etc.

Le sud du Liban constitue une source d’inquiétudes, certes, et cela est au cœur de la rencontre (09/03) entre le Président russe Vladimir Poutine et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu qui s’inquiète de la livraison possible d’armes nouvelles (dont des missiles Yakhont) au Hezbollah. D’ailleurs, si le Hezbollah et Israël semblent faire jouer entre eux le principe de la « dissuasion » pour éviter une véritable escalade guerrière sur le modèle d’août 2006, d’autres parties, celles que le fantasme populaire présente comme « la cinquième colonne », pourraient agir afin de provoquer des représailles israéliennes (tirs de roquettes du Liban, etc.).

La communauté internationale, l’ONU, l’UE, les pays arabes, doivent s’inquiéter aussi des risques d’ouverture du « front libanais » par l’Etat Islamique, par Jabhat Fateh al-Cham (ex-Jabhat al-Nosra) et par al-Qaëda. Car, en effet, le sud du Liban n’est pas la seule source d’inquiétudes pour les amis et partenaires du Liban.

Le Ministre français de la Défense a également croisé à Beyrouth un bâtiment de guerre de la Royal Navy, l’HMS Ocean, qui effectuait une visite, médiatisée, dans le Port de Beyrouth, alors que Londres multiplie ses aides matérielles et opérationnelles aux FAL engagées dans la guerre contre l’EI.

Quelques jours avant l’arrivée du navire britannique, le commandant de l’USCENTCOM le général Joseph Votel se rendait au Liban pour des discussions avec les autorités politiques et militaires, et pour inspecter les lignes de front face aux terroristes de l’EI.

La visite au Liban du Ministre français de la Défense, un très proche du Président François Hollande qui a su s’imposer comme l’interlocuteur « stratégique » des partenaires arabes de la France (Arabie saoudite, Emirats Arabes Unis, Qatar, Irak, Jordanie, Egypte, Liban, etc.), coïncide avec la conviction désormais solide chez les Libanais, que le programme d’aide franco-saoudien DONAS au profit des FAL est définitivement abandonné.

Les informations, qui circulent sur l’annulation par le Roi Salman Ben Abdulaziz d’un projet de visite au Liban à la suite de certaines prises de position libanaises qui auraient déplu à Riyad (le 06/03, le journal Annahar annonçait l’annulation de la visite de Salman, alors que la chaîne OTV annonçait la confirmation de cette visite dont la date reste à préciser éventuellement), coïncident aussi avec des rumeurs sur des menaces américaines de revoir la mission de la FINUL et de réduire certaines aides militaires aux FAL.

Ni la visite du Roi Salman, que certains espéraient depuis la visite (première visite officielle) du Président Michel Aoun à Riyad, n’était annoncée et confirmée, pour être annulée, ni l’administration du Président Donald Trump, qui doit encore préciser ses intentions à l’égard de l’Iran et de la Syrie (et donc du Hezbollah et du Liban), n’est en mesure dans le contexte actuel de risquer la perte définitive du Liban en cas de désengagement brutal de ce pays. Il n’empêche que, malgré les efforts, et à cause de nombreuses maladresses de part et d’autre, les relations saoudo-libanaises se situent aujourd’hui à un niveau bien en-deçà de la normalisation espérée. Il en est de même des relations américano-libanaises.

La France, qui s’apprête à vivre un changement politique en mai, gagnerait à faire de la résistance au Liban, et à s’accrocher à ses relations privilégiées avec Beyrouth, indépendamment de son partenariat avec l’Arabie saoudite (qui n’est pas assuré de survivre aux prochaines élections présidentielles) et de son partenariat avec les Etats-Unis (qui est déjà secoué sur des dossiers régionaux). La visite de Le Drian, même si elle est technique dans la forme, peut être fondatrice pour la suite des relations franco-libanaises, des relations qui ne doivent pas attendre un partenaire régional (Arabie saoudite) ou un parapluie allié international (Etats-Unis) pour s’épanouir…

Dans ce cadre, MESP vous propose la relecture d’une série de notes publiées sur son blog au cours des derniers mois et dont on peut tirer certains enseignements utiles pour la suite des relations franco-libanaises :
* Lebanon – KSA: Any normalization would still need a green light from Hezbollah
* Liban : Moscou et Téhéran renouvellent leurs propositions d’aides aux FAL
* Liban : Relancer DONAS: François Hollande parviendra-t-il à convaincre Riyad?
* Liban – France – Arabie saoudite: DONAS et sa dangereuse politisation
* Moyen-Orient – France: ODAS et l’indispensable communication de crise
* Liban – France – Arabie saoudite: Armement: Le signal du départ est donné
* Liban : A qui profite la fragilisation de l’axe franco-saoudien?