Recentrage de la politique française au Moyen-Orient: relativiser et rationaliser


Le dynamisme du Président Emmanuel Macron sur la scène internationale est un fait. Au Moyen-Orient, on a tendance à évoquer surtout la visibilité du nouveau Président, plus que son action lorsque cela concerne les dossiers régionaux.

En quelques semaines, Macron s’est déjà entretenu, par téléphone, avec le Roi du Maroc Mohammad VI, le Roi d’Arabie saoudite Salman Ben Abdulaziz, le Président du Liban Michel Aoun, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, le Président iranien Hassan Rouhani, le Président égyptien Abdel-Fattah al-Sissi, le Premier ministre libyen Fayez Serraj, en plus d’une rencontre à Paris avec des représentants d’une faction de l’opposition syrienne (premières personnalités arabes à être reçues à l’Elysée…).

Mais, pour le moment, on tente de décoder les déclarations et communiqués de la Présidence, le calendrier diplomatique du Président, et les prises de position affichées, souvent des positions de principe, sur les dossiers de l’actualité internationale et moyen-orientale. Et on attend de voir.

C’est en couple, ou en groupe, que le Président Emmanuel Macron avance sur la scène internationale. La France, gaulliste, celle sollicitée naturellement par la mémoire collective arabe, se dissipe derrière le couple franco-allemand qui se consolide, la poignée de mains défiante entre Macron et Trump (qui vient de lui offrir une nouvelle tribune internationale en annonçant la sortie de l’Accord de Paris), la bromance Macron-Trudeau, le sommet versaillais entre Macron et Poutine, l’accueil de Modi à Paris, l’UE, le G7, l’Otan.

Sur l’ensemble des dossiers intéressant ses partenaires arabes traditionnels au Moyen-Orient, ses partenaires dits de référence, ou encore Israël et même l’Iran, la France donne l’image d’une force d’appoint, utile, voire très utile dans certains cas, mais rarement indispensable. L’Elysée, toujours prisonnier du calendrier politique interne, donne de multiples signaux en ce sens (depuis d’ailleurs la rebaptisation du Ministère des Affaires étrangères en Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et la récupération et la centralisation, au sein de la Présidence, des décisions stratégiques liées aux affaires extérieures). Et cela nous paraît sage et raisonnable dans le contexte actuel.

Recentrage de la politique française au Moyen-Orient : relativiser et rationaliser

Vu du Moyen-Orient, on anticipe un changement de politique par rapport au mandat Hollande, sans en comprendre les vraies orientations, et on annonce l’inauguration avec Macron d’une nouvelle ère de réalisme politique dans la gestion des dossiers moyen-orientaux pressants.

Mais on voit cela dans le cadre d’un jeu d’alliances ponctuelles et variables, voire opportunistes, reflétant un fort degré de pragmatisme chez le Président français : l’engagement de la France dans la lutte contre le terrorisme, réaffirmé à partir de Gao, se ferait davantage dans le cadre d’une action collective européenne et internationale ; le règlement de la crise syrienne, qui passe désormais pour Paris par l’élimination de Daech, ne se ferait qu’en coordination avec la Russie et l’Iran, et sous le parapluie de l’ONU; la crise libyenne, devenue européenne et internationale, impose une plus grande coordination avec les divers acteurs libyens, régionaux et internationaux.

Les exemples sont nombreux où Macron a pu montrer une réelle volonté d’agir sur les dossiers du Moyen-Orient, de manière pragmatique, en couple ou en groupe. Pour les alliés et partenaires régionaux de la France, et pour ses adversaires aussi, il s’agit encore aujourd’hui d’indications qui attendent d’être confirmées officiellement lors de la présentation de la politique étrangère et moyen-orientale de Macron et du prochain gouvernement, et, surtout, dans les actes.

A Paris, plutôt que de plancher sur une nouvelle « politique arabe » ou sur la recherche d’un « rôle central » pour la France, les responsables du dossier MOAN gagneraient à relativiser le poids de cette région dans la politique internationale du nouveau pouvoir et à rationaliser leur approche des dossiers régionaux : se débarrasser des boulets historiques et géographiques que la France traîne ici pour se concentrer, de manière rationnelle et pragmatique, sur des créneaux porteurs, des dossiers valorisants, une diplomatie économique efficace (…).

 

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