Egypte: Présence française très appréciée à EDEX 2018


Publié dans le numéro 39 de la LettreM.

L’Egypte a organisé son salon de la défense EDEX 2018 du 3 au 5 décembre, sous la conduite directe de la Présidence de la république. Autant dire que le Président Abdel-Fattah al-Sissi accordait une grande importance à la réussite de cette manifestation internationale, à laquelle 350 sociétés égyptiennes et étrangères (41 pays représentés) participaient. Sissi, qui en tire un prestige personnel, a tenu à inaugurer lui-même le salon qui se tenait à l’Egypt International Exhibition Center, motivé par sa triple dimension politique, économique et militaire.

La présence française au salon égyptien de la défense était importante : les grands industriels Dassault Aviation, Airbus, Thales, Naval Group (qui subit une très forte concurrence de la part de Fincantierri sur le marché égyptien), MBDA étaient présents. Parmi les accords franco-égyptiens annoncés à IDEX : un MoU entre Naval Group et MIASO (maintenance et soutien), un MoU entre Sillinger et la Marine égyptienne (domaine industriel et transfert de technologies), un contrat entre l’Armée de l’Air et Dassault Aviation (pièces de rechange et soutien technique aux Rafale), accords (deux) avec Thales Group et ACTIA (stations terrestres pour les satellites égyptiens).

La Ministre des Armées Florence Parly a fait le déplacement. Elle a été reçue par le Président Abdel-Fattah al-Sissi, et participé à l’inauguration du salon aux côtés du Président et de ses invités de marque. Sissi a également choisi de recevoir en audience quelques happy few parmi les dirigeants des entreprises exposantes dont le PDG de Dassault Aviation Eric Trappier. Ce dernier a eu droit à un accueil particulièrement chaleureux à la Présidence égyptienne, lui qui a déjà rencontré à plusieurs reprises le Président Sissi ces dernières années. A l’occasion de cette nouvelle rencontre au Caire, le porte-parole de la Présidence l’Ambassadeur Bassam Radi a indiqué à la presse que le Président Sissi appréciait « le niveau de coopération avec Dassault Aviation » et qu’il souhaitait « poursuivre cette coopération et la développer » avec cette société « qui bénéficie d’une bonne réputation et qui possède une expérience unique dans le domaine des industries aéronautiques militaires ». Pour sa part, le PDG de Dassault Aviation a insisté sur l’importance du rôle de l’Egypte dans la consolidation des bases de la stabilité et de la sécurité au Moyen-Orient, en plus de son rôle principal dans le cadre des efforts internationaux menés contre le terrorisme. Il s’est dit fier de l’évolution du partenariat avec l’Egypte, et déterminé à poursuivre la coopération bilatérale en vue de doter l’Egypte des moyens dont elle a besoin pour renforcer ses capacités militaires aériennes.

Au Caire, les échos des révélations parisiennes sur « la mise en cause » de la France dans les ventes d’armes à l’Egypte (Mediapart, 04 décembre) étaient inaudibles, alors que se tenait cette première édition de l’Egypt Defence Expo avec le soutien de la Présidence égyptienne, et avec une implication très appréciée du secteur de la défense française. Dans un tweet, au lendemain de sa rencontre avec Sissi, Parly a rappelé que « l’Egypte est un partenaire déterminant pour l’équilibre de la région et un partenaire essentiel dans notre lutte contre le terrorisme ». Ces propos officiels français, rajoutés aux déclarations du PDG de Dassault Aviation à l’issue de sa rencontre aussi avec le Président Sissi, sont en soi une réponse, pragmatique, aux critiques…

Rendez-vous est pris pour la prochaine édition d’EDEX, programmée pour décembre 2020. D’ici là, plusieurs autres Etats de la région auraient tenu leurs salons dont les plus prestigieux et incontournables IDEX et Dubai Air Show. Des occasions supplémentaires pour les industriels français de maintenir une présence directe sur ces marchés porteurs.

D’ici là, plusieurs paramètres pourraient impacter la posture de la France et le poids de ses industriels de la sécurité et de la défense sur les marchés du Moyen-Orient. Parmi ces paramètres, le projet de Middle East Strategic Alliance voulu par l’administration Trump et qui devrait regrouper huit Etats arabes alliés de Washington dont d’importants clients des industries françaises : les six Etats membres du Conseil arabe de Coopération du Golfe (CCG), l’Egypte et la Jordanie. Une telle alliance, stratégique et multidimensionnelle (militaire, politique, économique), et qui vise à ériger un front arabo-sunnite pour contrer l’influence de l’Iran, ne risquerait-elle pas, si elle voyait le jour, de fragiliser la position régionale de la France et de réduire encore plus les parts de marchés de ses industriels de la défense ? La question se pose, même si MESA n’est encore aujourd’hui qu’à ses balbutiements.