Les technologies militaires comme vecteur de l’influence française


Publié dans le numéro 41 de la LettreM.

Alors que le Président Emmanuel Macron choisissait de passer les fêtes de Noël avec les militaires français engagés au Sahel dans le cadre de l’opération Barkhane (22-23 Décembre 2018), sa Ministre des Armées Florence Parly optait pour la base aérienne projetée H5 en Jordanie où les troupes françaises sont engagées contre Daech en Syrie et en Irak dans le cadre de l’opération Chammal et où elle a passé le nouvel An. Le 13 Janvier 2019, le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian se rendait à son tour à Amman pour faire le point avec les autorités sur la guerre contre l’Etat Islamique.

L’engagement militaire français contre le terrorisme dans la zone sahélo-saharienne et au Levant porte le combat dans le camp adverse, avec l’objectif de priver l’Etat Islamique, al-Qaëda et les groupes terroristes affiliés, des bases-arrières qui leur permettent de projeter et d’organiser leurs attaques terroristes contre le territoire national français et ailleurs en Europe et dans le monde. Au Liban, la France poursuit ses aides aux Forces armées libanaises, et maintient son engagement au sein de la FINUL aux côtés d’autres partenaires européens et internationaux. Dans le Golfe, la France est au contact de ses partenaires militaires : à Abou Dhabi où ses forces disposent d’une base à al-Aïn à partir de laquelle elles contribuent à la sécurisation de la zone et d’où elles sont amenées à lancer des opérations contre le terrorisme ; au Yémen où sévit une guerre sur fond de rivalités entre l’Arabie saoudite et l’Iran et vers lequel s’étend aussi la guerre contre le terrorisme islamique ; au Qatar avec lequel Paris a su adopter une posture équilibrée au plus fort de son conflit avec l’axe saoudo-émirati et dont l’Armée de l’Air se prépare par ailleurs à intégrer ses nouveaux Rafale ; au Koweït où les unités françaises et koweïtiennes tiennent régulièrement leurs exercices conjoints Pearl of the West qui sont parmi les plus importants menés par l’Armée française au Moyen-Orient avec l’engagement cette année du Rafale; en Arabie saoudite avec laquelle les concertations sont maintenues malgré un contexte particulier, et avec laquelle la France vient de signer, en juillet dernier, un accord technique sur l’échange de renseignements. L’engagement militaire français se maintient et s’élargit sur les mers, contre la piraterie et le terrorisme, et pour la sécurisation des voies maritimes stratégiques dans le Golfe, en Mer Rouge, dans l’Océan Indien, et en Méditerranée (avec un intérêt grandissant pour le bassin oriental et pour Chypre). La base de Djibouti remplit pleinement sa mission pour la stabilisation et la sécurisation de la Corne de l’Afrique, alors qu’un peu plus loin la France élargit sa coopération militaire avec un partenaire devenu stratégique pour elle et ses intérêts : l’Egypte, qui dote son Armée de l’Air de Rafale et sa Marine de divers bâtiments et équipements français et avec laquelle la France coordonne son intervention en Libye.

L’industrie de défense, vecteur du rayonnement français

Un fil conducteur de cet engagement durable de la France dans cette partie du monde est à chercher aussi au niveau des technologies militaires, aéronautiques, spatiales, navales, terrestres. S’il y a un système d’armes qui illustre cet engagement, et qui rappelle les moyens de projection dont dispose la France, ce serait le Rafale.

Le Rafale, fleuron de l’industrie aéronautique française, et un des vecteurs du rayonnement de la France au Moyen-Orient, est en mutation permanente. La décision du Ministère des Armées de poursuivre sa montée en puissance fera du Rafale la pierre angulaire de la défense française pour deux décennies encore. Le nouveau programme Rafale, annoncé par la Ministre des Armées Florence Parly le 14 Janvier, bénéficiera d’un budget de €2md, et permettra à l’Armée de l’Air française de se doter du Rafale F4 dès 2023. Le Rafale, concurrent de facto du Joint Strike Fighter, sera exportable jusqu’en 2035. Le système de combat aérien du futur (SCAF) franco-allemand complètera les systèmes déployés dans les armées françaises et allemandes avant d’en prendre le relais à l’horizon 2035-2040. Avec le Rafale F4, le nEUROn, le SCAF, les ambitions spatiales qui se concrétisent, et avec les investissements qui se confirment dans les programmes navals et terrestres, la France peut continuer à agir militairement, et donc à peser politiquement, en intervenant sur les théâtres d’opérations au Moyen-Orient et en Méditerranée. Ainsi, sur cette zone, et au-delà de l’acte militaire, la France conserve, grâce à ses Forces armées et à son industrie de défense, les outils technologiques et opérationnels qui confortent son image comme partenaire stratégique.