FLASH: Bahrain: Duel entre le Premier ministre et le Prince héritier

Le jour où l’Opposition chiite manifestait, près de Manama, pour demander le départ du Premier ministre Khalifa Ben Salman Al Khalifa, à son poste depuis l’indépendance du pays en 1974, le Prince héritier et vice-commandant des Bahrain Defence Forces cheikh Salman Ben Hamad Ben Issa Al Khalifa invitait l’Opposition au dialogue. Le PM, tenant d’une ligne dure vis à vis des Chiites, est la bête noire de l’Opposition. Il croit, fermement, que le régime des Al Khalifa, un régime minoritaire sunnite pro-saoudien, joue aujourd’hui sa survie face à une majorité chiite qu’il voit téléguidée de Téhéran. Le PM croit aussi que la souveraineté du pays est toujours directement menacée par les ambitions hégémoniques de l’Iran, ce qui empêche toute ouverture sur l’Opposition et tout écart vis à vis de l’axe saoudo-américain. Pour lui, la présence du commandement de la 5ème Flotte américaine et celle de la force commune du Conseil de Coopération du Golfe composée principalement de forces saoudiennes, ne sont plus négociables dans le contexte actuel. Tout comme le dialogue avec l’Opposition.

Incarnant la nouvelle génération, face à la vieille garde qu’incarne son grand-oncle, le Prince héritier Salman Ben Hamad Al Khalifa adopte une stratégie différente, sur le plan interne. Très attaché aux relations entre Bahreïn et son voisin saoudien et à son ancrage dans le camp américain, ce diplômé de Sandhurst, très versé sur les techniques de lobbying à l’anglo-saxonne, pense possible le dialogue avec l’Opposition nationale, voire même indispensable pour la survie justement du régime. L’Opposition le lui rend bien, puisqu’elle a toujours réagi favorablement à ses appels au dialogue, comme elle vient de le faire cette fois aussi, lorsque cheikh Salman appelait le 07/12, à la tribune du Manama Dialogue organisé en collaboration avec l’IISS, à la poursuite des réformes et au dialogue. Le PH estime que la manière forte et brutale adoptée jusque-là par la vieille garde pour étouffer les revendications politiques et sociales de l’Opposition, attise la violence et conduit inéluctablement vers une impasse, et à terme, vers une déstabilisation sérieuse de l’édifice national et du pouvoir. Pour sa part, le PM estime que les concessions qui seraient faites à l’Opposition chiite conduiraient, certainement, à un effritement du pouvoir des Al Khalifa, et à une progression inévitable de l’axe irano-chiite à Bahreïn et sur la Péninsule arabique.

Deux visions totalement divergentes, même si, toutes deux ont comme finalité de préserver autant de pouvoirs à la minorité sunnite et à la famille… Les moyens divergent car la lecture des évolutions internes et régionales sont très différentes. L’un se refusant de reconnaître une quelconque légitimité aux revendications politiques et sociales de la majorité, chiite, tout en maintenant cette action nationale dans le cadre du bras de fer géopolitique actuel sur le plan régional; l’autre, tirant les leçons des “printemps arabes”, reconnaît l’incapacité, à terme, à contenir les assauts répétés des populations en quête d’équité… Un conflit de générations qui impose une plus grande fermeté de la part du Roi Hamad Ben Issa Al Khalifa afin que son arbitrage puisse permettre de préserver la cohésion familiale.