Moyen-Orient: François Hollande en Israël: avec Riyad contre Téhéran

Le président français François Hollande se rendra en Israël, du 17 au 19/11. L’annonce de la date de cette visite en Israël intervient alors que la France met en garde contre un « jeu de dupes » sur le dossier du nucléaire iranien, partageant ainsi les mêmes craintes du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu.

Hollande, dont le gouvernement a amorcé une ouverture en direction du Hezbollah libanais pro-iranien (en recevant notamment un député du Hezbollah, Ali Fayyad, au Quai d’Orsay), a lui-même envoyé un signal d’ouverture en direction du président Hassan Rouhani (qu’il a rencontré en marge de l’AG de l’ONU à New York). Mais il hésite encore à trop s’engager sur la voie de la « normalisation » avec Téhéran, même si la communauté d’affaires française s’impatiente et tente elle-même de s’ouvrir sur le marché iranien (délégation du MEDEF en novembre) avec un encouragement, pour le moins timide, de la diplomatie officielle (réouverture du PEE à Téhéran).

La politique française à l’égard de l’Iran est réservée, hésitante et timide. Sur le dossier syrien, Paris ne montre aucune flexibilité, et reste entièrement solidaire de l’Arabie saoudite, malgré les arrangements négociés entre Washington et Moscou pour espérer une sortie de crise en Syrie. La France a besoin de respecter ses engagements avec ses alliés, surtout l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis qui représentent un fort potentiel économique pour les industries françaises, mais, en même temps, elle ne peut pas rester en marge d’arrangements stratégiques sur l’avenir de la région.

Certes, l’Arabie saoudite et Israël, qui constituent de ce fait un « axe » avec la France contre l’influence iranienne et contre le risque de compromis sur le dossier iranien, comptent et compteront à l’avenir dans les grands accords. Cela doit garantir une place à la France qui, même si elle prend le risque aujourd’hui d’être en dehors du cercle d’influence de l’allié américain lorsqu’il s’agit du dossier syrien et du dossier iranien, peut espérer des « compensations » de la part de « l’axe » saoudo-israélien (des contrats pour ce qui est de l’Arabie saoudite, et une plus grande coordination politique avec  Israël) dès à présent. Mais, l’histoire nous montre que cela ne sera pas sans risque pour les Français une fois le temps des grands accords impose ses faits accomplis.

D’ailleurs, on est loin encore de tels accords, les Saoudiens conservant toujours une très forte capacité de nuisance sur la scène syrienne où ils continuent de jouer la violence contre le régime, et sur d’autres théâtres d’opérations importants pour l’Iran comme l’Irak ou le Liban. Pour leur part, les Israéliens peuvent tenter une aventure aussi contre l’influence iranienne au Liban, en menant une guerre frontale contre le Hezbollah. Pour les uns et les autres, Saoudiens et Israéliens, qui se retrouvent de facto en train de combattre les mêmes ennemis et leurs relais, aucune garantie de résultat ne peut être fournie : les Saoudiens peuvent, dans le contexte actuel et avec le seul soutien de Paris, perdre leur mise en Syrie, comme les Israéliens qui prennent un nouveau risque, comme en 2006, en menant une autre guerre d’envergure contre le Hezbollah (avec en plus le risque de bloquer leurs projet énergétiques stratégiques en Méditerranée). Rien ne garantit donc, sur le long terme, les intérêts français dans une telle aventure… A moins que l’éclipse des Etats-Unis ne se confirme, et qu’elle ne soit plutôt durable…