Syrie: Macron veut ramener la France dans le jeu


Le Président français Emmanuel Macron qui répète qu’il « ne pactisera pas avec Assad », et que « notre principal problème » est Daech, a choisi de recentrer la politique syrienne de la France, de manière décomplexée, six ans après le début du soulèvement en Syrie. Depuis son élection, il assume ce choix, lui qui a reçu à l’Elysée une délégation de l’Opposition syrienne conduite par l’ancien Premier ministre de Bachar el-Assad, Riad Hijab, aujourd’hui Coordinateur général du Haut comité des négociations. C’est d’ailleurs à l’issue de cette rencontre, et d’une longue série d’entretiens avec plusieurs dirigeants du monde impliqués dans la crise syrienne, qu’il a pris acte de l’absence d’alternative crédible à Assad, encore aujourd’hui.

Contrairement à ce que ses détracteurs prétendent, Macron n’a pas trahi ses engagements vis-à-vis de la Syrie et de son peuple. C’est d’ailleurs à Beyrouth, en janvier 2017, que le candidat présidentiel français Emmanuel Macron a reconnu que « faire de la destitution de Bachar el-Assad un préalable à tout a été une erreur ». Aucune réaction à l’époque de la part des “néoconservateurs” qui s’ignorent encore aujourd’hui, et que (le candidat puis le Président) Macron dénonce pour leur rigidité idéologique sur la Syrie.
Certes, en se rapprochant du point de vue russe, il provoque, aussi, les allergiques à la Russie de Poutine, et cela n’est pas neutre dans le contexte actuel. Et, en repensant les priorités de la France en Syrie dont ne fait plus partie le départ immédiat d’Assad auquel il ne voit pas de « successeur légitime », il offre un cadeau inestimable au régime syrien. Mais ces positions françaises officielles, qui sont aussi une occasion pour l’Elysée de rappeler la capacité de la France à « agir seule » si nécessaire, sont le fruit d’une réflexion, approfondie, pragmatique, constructive, qui vise à :

(i) ramener la France dans le jeu géopolitique levantin où elle vit une marginalisation de facto, en coordonnant certains aspects du dossier syrien avec la Russie et les autres acteurs majeurs ;
(ii) répondre aux priorités stratégiques de l’Europe en Méditerranée, à la tête desquelles se trouve aujourd’hui la lutte contre le terrorisme et les flux migratoires déstabilisateurs ;
(iii) envisager l’avenir de la Syrie en tirant les leçons des évènements en Irak et en Libye, et en insistant surtout sur « la préservation de l’Etat » pour éviter un effondrement général du pays et même de ses voisins affaiblis ;
(iv) rappeler l’attachement de la France au respect des minorités.

Ceux qui mènent campagne contre le Président Macron pour ses prises de position sur la Syrie refusent de voir que la Russie et l’Iran n’entendent nullement « vendre » Assad dans le contexte actuel, alors que les Etats-Unis maintiennent le cap avec la priorité qu’ils accordent à l’écrasement de l’Etat Islamique. Ils refusent aussi d’admettre que « les oppositions syriennes » n’offrent pas de véritables alternatives au système actuel pour permettre à la France de monter un tour de table international ou même régional favorable, dans le contexte actuel, à un « regime change ».

Risquer l’isolement de la France sur ce dossier central n’est pas une option pour l’Elysée. Cette « initiative syrienne », et d’autres « initiatives » régionales annoncées par Paris ces dernières semaines (Golfe, conflit israélo-palestinien, Libye, terrorisme), signifient surtout que le Président Macron a pris conscience du véritable risque de marginalisation de la France devant l’agressivité visible de la Russie et des Etats-Unis sur l’ensemble des dossiers régionaux, et qu’il entend commencer par donner de la voix à son pays et accroître sa visibilité pour mieux réussir son repositionnement.